Une entorse latérale de cheville est parfois considérée comme une petite blessure qui « finit par passer ». Pourtant, chez certaines personnes, la cheville continue à poser problème plusieurs mois plus tard.
Elle peut donner une sensation de dérobement, manquer de confiance sur terrain irrégulier ou être régulièrement victime de nouvelles entorses. On parle alors notamment d’instabilité chronique de cheville.
Une cheville instable n’est pas uniquement un ligament « trop lâche »
Après une entorse, plusieurs systèmes peuvent rester altérés.
Il peut exister une laxité ligamentaire, mais également :
- une diminution du contrôle neuromusculaire ;
- une altération de l’équilibre dynamique ;
- une perte de force ;
- une diminution de la capacité à réagir rapidement à une perturbation ;
- une appréhension lors des sauts ou des changements de direction.
Deux patients ayant une imagerie comparable peuvent donc présenter des capacités fonctionnelles très différentes.
L’équilibre fait partie du traitement, mais pas seulement
La littérature récente soutient l’intérêt du travail d’équilibre dans l’instabilité chronique de cheville.
Une méta-analyse de 2024 retrouvait des améliorations de la fonction rapportée par les patients et de plusieurs directions du Star Excursion Balance Test après entraînement de l’équilibre.
Une autre méta-analyse étudiant l’association renforcement + équilibre retrouvait également des améliorations du contrôle postural et de la fonction.
Cela ne signifie cependant pas que toutes les séances doivent être réalisées debout sur un coussin instable.
La cheville doit aussi redevenir capable de :
- produire de la force ;
- absorber une réception ;
- pousser rapidement ;
- courir ;
- sauter ;
- changer de direction ;
- réagir à une situation imprévue.
Le traitement doit devenir progressivement sportif
La rééducation commence parfois avec des exercices simples d’équilibre, mais doit évoluer vers les exigences réelles de la personne.
Pour un coureur de trail, cela peut signifier gérer des appuis rapides sur terrain irrégulier.
Pour un joueur de sport collectif : réception, changement de direction et contact.
Pour un pilote de BMX : poussées puissantes, stabilité du pied sur la pédale, sauts et réception.
La littérature montre d’ailleurs que les exercices sur surfaces instables améliorent surtout certaines mesures d’équilibre, mais pas nécessairement la performance aux tests de saut.
C’est exactement pourquoi une rééducation ne doit pas s’arrêter à la proprioception.
Quand faut-il rechercher autre chose ?
Une cheville qui reste douloureuse ou gonflée longtemps après une entorse mérite parfois une nouvelle évaluation.
Selon le mécanisme et les symptômes, il faut notamment pouvoir exclure ou identifier :
- atteinte ostéochondrale ;
- lésion syndesmotique ;
- atteinte tendineuse ;
- conflit ;
- fracture passée inaperçue ;
- instabilité mécanique importante.
L’objectif n’est donc pas de faire systématiquement une IRM après une entorse, mais d’éviter de traiter pendant des mois une « simple instabilité » lorsque le tableau clinique ne correspond pas.
La bonne question n’est pas seulement « est-elle stable ? »
Pour le sportif, la question devient :
« Cette cheville est-elle capable de supporter ce que je veux lui demander ? »
La réponse se construit avec le bilan, la progression de charge et des tests fonctionnels adaptés au sport.
À lire également : physiothérapie du sport ; tests de Return to Sport.
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Questions fréquentes
Pourquoi ma cheville se dérobe encore plusieurs mois après une entorse ?
Une sensation d’instabilité peut persister en raison d’une combinaison de facteurs : laxité ligamentaire, diminution de l’équilibre, déficit de force, contrôle neuromusculaire ou manque de confiance. Une nouvelle évaluation est utile lorsque les symptômes persistent.
Les exercices sur coussin instable suffisent-ils pour traiter une cheville instable ?
Non. Ils peuvent améliorer certaines capacités d’équilibre, mais une cheville sportive doit aussi récupérer force, vitesse, sauts, réactions rapides et changements de direction.
Une IRM est-elle nécessaire en cas d’entorses répétées ?
Pas systématiquement. Elle peut cependant être indiquée lorsqu’il existe une douleur persistante, un gonflement inhabituel, un blocage, une suspicion de lésion associée ou lorsque l’évolution ne correspond pas à celle d’une entorse classique.
Sources
- Martin et al. Recommandations cliniques pour les entorses latérales et l’instabilité chronique de cheville, JOSPT, 2021.
- Guo et al. Entraînement de l’équilibre dans l’instabilité chronique de cheville, méta-analyse, 2024.
- Entraînement combiné de force et d’équilibre dans l’instabilité chronique de cheville, méta-analyse, 2024.
- Entraînement sur surface instable, équilibre et tests de saut dans l’instabilité chronique de cheville, méta-analyse, 2025.


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