De ma première course de BMX aux Championnats d’Europe : une saison pour se qualifier

Physiothérapeute du sport et compétitrice en BMX Race sur une course internationale

En octobre 2025, cela fait environ un an que je roule en BMX.

Je m’entraîne assidûment tous les vendredis soir au club de Cernay. J’aime déjà énormément cette discipline, mais jusqu’ici je la pratique surtout à l’entraînement. Je roule presque toujours avec des garçons et, comme je suis la seule femme de mon groupe, je n’ai finalement aucune idée de ce que je vaux réellement en course face à d’autres filles.

Alors je décide d’essayer.

Le 19 octobre 2025, je m’inscris au Trophée Grand Est de Cornimont. Ma première vraie course de BMX.

Cornimont : juste “pour voir”

Je n’arrive pas avec de grandes ambitions. Mon objectif est simplement de découvrir ce que signifie une journée de course : la pré-grille, les manches, les autres pilotes à côté de moi, la grille qui tombe et cette sensation très particulière de devoir faire sa place dans un groupe.

Parce qu’à l’entraînement, je n’ai pas vraiment cette expérience-là.

Rouler seule sur une ligne et rouler avec sept autres personnes qui peuvent couper devant, pousser derrière ou fermer une trajectoire dans le premier virage, ce n’est absolument pas la même chose.

Et pourtant, pour ma première course, j’arrive directement jusqu’en finale.

Je termine quatrième.

Ce n’est pas un résultat exceptionnel sur le papier. Mais pour moi, ce jour-là, il change beaucoup de choses.

Je manque clairement d’expérience. Je ne sais pas encore très bien me placer dans un groupe. Je découvre les stratégies de course presque en direct. Et malgré tout, j’arrive à me battre devant.

Je rentre chez moi, je pose mon 20 pouces et mon cruiser l’un à côté de l’autre et je repense à la journée.

J’ai passé des choses en course que je n’aurais probablement pas osé faire seule à l’entraînement.

Et une idée commence à s’installer :

se qualifier pour les Championnats d’Europe n’est peut-être pas complètement impossible.

Un objectif très simple : me qualifier

À ce moment-là, mon objectif n’est absolument pas de faire une finale européenne.

Je ne pense pas à un podium. Je ne pense même pas vraiment au résultat que je pourrais faire une fois sur place.

Je veux simplement gagner le droit d’y aller.

Pour moi, réussir à me qualifier pour les Championnats d’Europe après seulement un peu plus d’un an de BMX serait déjà énorme.

À partir de là, l’hiver change.

Passer d’un entraînement par semaine à une vraie préparation

J’intègre le groupe performance de mon club. Je passe progressivement d’un entraînement de BMX par semaine à deux séances.

Et je commence surtout à regarder différemment le reste de mon entraînement.

Je viens du ski et du VTT enduro. J’ai de l’expérience en compétition et je suis plutôt à l’aise techniquement sur un vélo. Mais il y a une chose sur laquelle je suis très clairement en retard : le sprint.

Je ne suis pas une sprinteuse.

En BMX, pourtant, les premières secondes comptent énormément. Une mauvaise sortie de grille peut suffire à passer toute une manche enfermée derrière les autres.

Alors je réduis une partie de mes sorties enduro et je commence à consacrer régulièrement des séances spécifiques aux sprints.

Une heure dans ma rue. Départs arrêtés. Accélérations courtes. Travail sur le start block. Répétitions.

Ce n’est probablement pas la partie la plus spectaculaire de ma préparation, mais c’est celle où je vois rapidement les progrès les plus évidents.

Le Challenge France Nord-Est comme fil conducteur

Pour accéder aux grands rendez-vous nationaux et internationaux en catégorie Challenge, il faut passer par le circuit français et accumuler les points nécessaires.

Mon calendrier 2026 se construit donc autour des trois manches du Challenge France Nord-Est :

  • Tavaux, dans le Jura, les 11 et 12 avril ;
  • Messigny-et-Vantoux, en Côte-d’Or, les 2 et 3 mai ;
  • Calais, les 30 et 31 mai.

Je décide de participer à chaque week-end dans mes deux catégories : 20 pouces et cruiser.

Dans le Grand Est, les pistes de BMX sont assez éloignées les unes des autres. Faire beaucoup de courses implique vite plusieurs heures de route chaque week-end.

Je prends donc une décision qui n’est pas forcément idéale pour progresser rapidement : je limite volontairement mon nombre de compétitions.

Je sais que cela signifie moins d’expérience en peloton et moins de situations de course. Mais je compte aussi sur tout ce que mes années de ski et d’enduro m’ont appris : gérer un départ, le stress, l’erreur, la pression et ce moment où il faut arrêter de réfléchir et simplement courir.

Préparer les pistes avant de les courir

Pendant l’hiver, notre coach Charly Gaillard organise plusieurs entraînements sur les pistes que nous allons retrouver en Challenge France.

Nous passons notamment une demi-journée à Tavaux et une demi-journée à Messigny.

L’objectif est simple : ne pas découvrir complètement les pistes le jour de la course.

À Calais, en revanche, nous n’allons pas nous entraîner avant. Depuis l’Alsace, cela représente presque sept heures de route. Il faut aussi parfois accepter que la préparation parfaite n’existe pas.

Tavaux : la course qui change tout

En janvier, je compte presque le nombre d’entraînements qu’il me reste avant Tavaux.

Plus la course approche, plus je suis stressée.

Je ne connais quasiment aucune de mes adversaires. Je ne connais pas leur niveau. Je ne sais surtout pas où me situer par rapport à elles.

La semaine avant la course, j’ai mal au ventre.

Le samedi arrive enfin.

Les essais se passent bien. Je sens immédiatement que le travail effectué pendant l’hiver sur cette piste a servi. Je me rappelle les conseils reçus pendant les entraînements précédents et, surtout, je constate que j’ai progressé depuis notre dernière venue.

Puis vient la première manche.

La grille tombe.

Je sors devant.

Et je gagne la manche.

Je ne comprends absolument pas ce qui vient de se passer.

Mais cette manche change complètement mon week-end. Toute la tension accumulée pendant les semaines précédentes tombe d’un coup.

Je passe les manches, puis les phases finales. En cruiser, je termine deuxième.

Le dimanche, en 20 pouces, je termine quatrième.

Le classement officiel confirme quelque chose que je commence seulement à accepter : je suis réellement compétitive dans ma catégorie.

Pourquoi je suis plus performante en cruiser

Très vite, une tendance apparaît : mes résultats sont régulièrement meilleurs en cruiser qu’en 20 pouces.

Je me sens naturellement bien sur le grand vélo. Il me donne davantage de stabilité et surtout une sensation d’allonge qui me correspond mieux.

Sur mon 20 pouces, je ressens parfois l’inverse : lorsque la vitesse augmente en bas de la butte de départ, j’ai l’impression de manquer de développement et de perdre quelques dizaines de centimètres sur les autres filles.

En BMX, quelques dizaines de centimètres peuvent complètement changer l’entrée dans le premier virage.

Et lorsque je rentre derrière quelqu’un dans ce premier virage, mon manque d’expérience dans le trafic devient beaucoup plus visible. Je sais remonter, mais cela coûte énormément d’énergie et il devient difficile de récupérer les mètres perdus dès le départ.

C’est aussi cela qui me plaît dans cette première saison : chaque course me donne quelque chose de très concret à travailler.

Messigny : apprendre aussi à courir contre les autres

À Messigny, je connais désormais mieux mon niveau.

Le stress n’est plus celui de Tavaux. Il change de forme.

Je ne me demande plus si je peux suivre. Je commence à me demander comment battre certaines adversaires.

Le dimanche, je termine notamment troisième en 20 pouces. En cruiser, je monte une nouvelle fois sur le podium.

Et je commence à comprendre une autre dimension de la compétition BMX : les autres apprennent aussi à me connaître.

Une de mes adversaires principales est accompagnée par un coach. Il remarque notamment que j’utilise très souvent la même stratégie dans le premier virage : prendre rapidement l’intérieur pour tenter de passer devant.

La fois suivante, cette porte n’est évidemment plus aussi facilement ouverte.

C’est un détail, mais il illustre parfaitement la différence entre savoir rouler vite et savoir courir.

Je suis encore en train d’apprendre la deuxième partie.

Calais : ne plus courir pour “voir”, mais pour se qualifier

Entre Messigny et Calais, ma saison prend encore un peu plus de place.

Le nombre d’entraînements augmente. Je sais désormais exactement où je me situe dans le classement et ce qu’il me reste à faire.

Mon objectif devient très clair : être régulièrement devant mes adversaires directes et réduire progressivement l’écart avec la meilleure pilote de la catégorie.

Je n’y arriverai pas encore complètement cette saison.

Mais contrairement à octobre, je sais maintenant que ce n’est plus une idée abstraite. C’est simplement du travail et du temps.

À Calais, la dernière manche du Challenge France Nord-Est, la pression est différente. Le résultat de ces trois week-ends va déterminer la suite de ma saison.

À la fin de la dernière manche, je peux enfin faire les comptes.

Sur l’ensemble du Challenge Nord-Est 2026, je termine première du classement Femme 25+ et deuxième du classement Cruiser Femme 30+.

Quelques mois auparavant, je m’étais inscrite à Cornimont simplement pour voir ce que donnait une course.

Désormais, je suis qualifiée pour les grands rendez-vous nationaux et internationaux de la saison Challenge, dont le Challenge européen de Sarrians.

Devenir pilote nationale après à peine une saison de compétition

Il y a aussi une conséquence que je n’avais absolument pas imaginée aussi rapidement : ce parcours me fait accéder au statut de pilote nationale.

À mon âge, je trouve cela assez particulier.

Sur certaines courses, cela signifie se retrouver avec des filles qui roulent depuis leur enfance, parfois avec plus de quinze ans de BMX derrière elles, et dont certaines ont encore tout leur avenir sportif devant elles.

Moi, j’ai commencé le BMX adulte.

Je pensais sincèrement qu’il me faudrait encore deux saisons avant d’atteindre ce niveau.

Finalement, il m’a fallu quelques mois de compétition.

Je sais déjà que mon opération du genou va interrompre cette dynamique et que je ne pourrai pas défendre ce statut comme je l’aurais souhaité pendant une partie de la saison suivante.

Mais je compte bien profiter de ma reprise pour retourner sur une Coupe de France et, si tout se passe correctement, découvrir aussi une Coupe d’Europe.

Ce que cette saison m’a appris

Cette première saison m’a surtout rappelé quelque chose que je vois quotidiennement avec mes patients et mes athlètes : un objectif qui paraît très loin devient beaucoup plus concret lorsqu’on le découpe.

En octobre, “se qualifier pour les Championnats d’Europe” ressemblait presque à une blague que je me faisais à moi-même.

Puis il y a eu :

  • un deuxième entraînement de BMX par semaine ;
  • des dizaines de sprints dans ma rue ;
  • du travail de départ ;
  • des entraînements spécifiques sur les pistes ;
  • une première manche gagnée ;
  • des podiums ;
  • des erreurs de placement ;
  • des premiers virages mal négociés ;
  • et surtout énormément de choses apprises course après course.

Je reste une pilote qui a commencé tard et qui manque encore énormément d’expérience spécifique au BMX.

Mais ce n’est plus vraiment le sujet.

Le premier objectif est atteint.

Je suis qualifiée.

Prochaine étape : Sarrians

Quelques semaines plus tard, direction le Vaucluse.

Du 24 au 28 juin 2026, Sarrians accueille les Championnats d’Europe BMX Racing UEC et le Challenge européen.

Cette fois, il ne s’agit plus de regarder si je peux me qualifier.

Il faut se placer derrière une grille avec des pilotes venues de toute l’Europe et découvrir ce que vaut réellement cette première saison de BMX à l’échelle internationale.

Et cette histoire mérite son propre article.

La suite est ici : mon premier Challenge européen de BMX à Sarrians, entre préparation mentale, chaleur, qualification en demi-finale et envie de revenir plus forte.

Cette expérience sportive nourrit aussi directement ma manière de travailler comme physiothérapeute du sport à Bâle. Préparer une compétition, gérer une blessure, reprendre confiance ou simplement apprendre à construire un objectif sont des situations que je ne connais pas uniquement en théorie.

Repères et résultats

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