Certaines personnes sont relativement à l’aise dans une pièce calme mais deviennent immédiatement mal en entrant dans un supermarché, une gare, une foule ou en regardant un écran avec beaucoup de mouvements.
Elles peuvent décrire :
- vertige ;
- flottement ;
- instabilité ;
- nausée ;
- difficulté à fixer ;
- fatigue visuelle ;
- sensation d’être désorientées.
Ce tableau peut correspondre à une sensibilité aux mouvements visuels, parfois décrite comme Visually Induced Dizziness (VID), ou visual motion hypersensitivity.
Pourquoi le mouvement visuel peut-il provoquer des symptômes ?
Notre orientation dépend de l’intégration de plusieurs sources d’information :
- vision ;
- système vestibulaire ;
- proprioception.
Après certains troubles vestibulaires ou une commotion, le cerveau peut accorder une importance excessive aux informations visuelles.
Une scène très mobile devient alors difficile à intégrer.
La revue systématique de 2023 sur l’hypersensibilité au mouvement visuel retrouve des associations avec plusieurs situations, notamment troubles vestibulaires, migraine et concussion.
Avant de traiter, il faut comprendre le tableau
Le VID n’est pas synonyme d’un seul diagnostic.
Il peut apparaître dans différents contextes, dont :
- après concussion ;
- après une atteinte vestibulaire ;
- migraine vestibulaire ;
- PPPD.
Il faut donc rechercher les autres éléments du bilan et éviter de traiter uniquement le symptôme visuel.
Le traitement repose sur une exposition progressive
La logique est de permettre au système nerveux de mieux tolérer progressivement les stimuli provoquant les symptômes.
Cela peut intégrer :
- mouvements du regard ;
- mouvements de tête ;
- marche ;
- arrière-plans visuels mobiles ;
- stimulation optocinétique ;
- environnements réels progressivement plus complexes.
Le but n’est pas de provoquer le maximum de vertiges possible.
Le stimulus doit être suffisamment important pour entraîner une adaptation, tout en restant récupérable.
Comment progresser concrètement ?
Je préfère modifier une variable à la fois.
Niveau 1 : stimulus visuel simple
Sujet stable, environnement calme, mouvement visuel relativement lent.
Niveau 2 : augmenter la complexité
Plus de mouvement dans le champ visuel ou durée légèrement supérieure.
Niveau 3 : ajouter le mouvement de tête ou du corps
Le patient ne regarde plus seulement l’image : il doit simultanément gérer ses propres mouvements.
Niveau 4 : posture et locomotion
Debout, marche puis tâches plus complexes.
Niveau 5 : transfert à la vie réelle
Supermarché, gare, circulation, salle de sport ou environnement sportif selon les besoins de la personne.
Cette progression est clinique : il n’existe actuellement pas de dose universelle scientifiquement établie disant “X minutes, Y fois par jour” pour tous les patients.
Que dit la recherche sur l’optocinétique ?
Une revue systématique et méta-analyse de 2024 portant spécifiquement sur la stimulation optocinétique dans le VID conclut qu’elle pourrait apporter un bénéfice supplémentaire lorsqu’elle est ajoutée à la rééducation vestibulaire conventionnelle.
Mais l’effet supplémentaire sur les symptômes n’était pas statistiquement significatif dans la méta-analyse, et aucune durée ou fréquence optimale n’a pu être déterminée.
Une autre méta-analyse de 2024 retrouve également certaines améliorations de mesures fonctionnelles, mais avec une qualité de preuve faible ou très faible.
C’est important : la stimulation optocinétique n’est pas un traitement miracle.
Elle est un outil parmi d’autres.
Et si le tableau correspond à un PPPD ?
Le PPPD est caractérisé notamment par des symptômes chroniques aggravés par la position debout, le mouvement ou les environnements visuels complexes.
Des données plus récentes suggèrent que la rééducation vestibulaire peut améliorer les symptômes chez certains patients, mais les études restent hétérogènes et davantage d’essais de qualité sont nécessaires.
L’objectif final
Le traitement ne consiste pas simplement à pouvoir regarder une vidéo rayée pendant deux minutes.
Le résultat qui m’intéresse est fonctionnel :
- refaire ses courses ;
- marcher en ville ;
- utiliser un écran ;
- prendre les transports ;
- reprendre le sport ;
- tourner la tête sans perdre ses repères.
La progression doit donc toujours finir par revenir dans la vraie vie du patient.
Si les écrans, magasins ou mouvements visuels limitent votre quotidien, un bilan vestibulaire à Bâle peut aider à préciser les mécanismes en jeu. Prendre rendez-vous.
Questions fréquentes
Pourquoi les supermarchés déclenchent-ils autant de vertiges ?
Ils combinent de nombreux stimuli visuels : rayons, déplacements des autres personnes, changements de direction et mouvement du champ visuel. Chez une personne hypersensible au mouvement visuel, cette quantité d’information peut provoquer des symptômes.
Les vidéos optocinétiques suffisent-elles pour traiter le VID ?
Non. Elles peuvent faire partie du traitement, mais la rééducation doit généralement intégrer également mouvements de tête, équilibre, marche et exposition aux situations réelles qui posent problème.
Combien de temps faut-il regarder un stimulus visuel pour progresser ?
Il n’existe actuellement pas de dose universelle validée. La durée, la vitesse et la complexité doivent être adaptées à la réponse de chaque patient, puis progressées progressivement.
Sources
- Law JH et al. Optokinetic stimulation in rehabilitation of visually induced dizziness, systematic review/meta-analysis, 2024.
- Clinical characteristics of visual motion hypersensitivity, systematic review, 2023.
- Optokinetic stimulation systematic review/meta-analysis, 2024.
- Recent systematic reviews of vestibular rehabilitation in PPPD, 2025.


Laisser un commentaire