Lorsqu’on travaille en Suisse et que l’on réside en France, il faut choisir son système d’assurance-maladie. Ce choix est souvent résumé par « LAMal ou CMU », mais la réalité est un peu plus précise : le frontalier peut, sous certaines conditions, choisir entre l’assurance-maladie suisse LAMal et une affiliation au régime français de l’assurance maladie dans le cadre du droit d’option.
Le choix a des conséquences sur le montant des cotisations, la manière dont les soins sont pris en charge et l’accès aux soins en Suisse et en France. Voici les principaux éléments à connaître en 2026.
Le droit d’option : un choix à faire rapidement
En principe, une personne qui travaille en Suisse doit être assurée dans le système suisse. Les travailleurs frontaliers domiciliés en France bénéficient toutefois d’un droit d’option leur permettant de choisir entre l’assurance suisse LAMal et le régime français.
Ce choix doit normalement être effectué dans les trois mois suivant le début de l’activité professionnelle en Suisse. Le frontalier qui souhaite être assuré en France doit demander une exemption de l’obligation de s’assurer en Suisse et suivre la procédure franco-suisse prévue à cet effet.
Le droit d’option est en principe irrévocable. Concrètement, tant qu’aucun nouveau fait générateur n’intervient, un frontalier qui a choisi la LAMal ne peut pas passer librement au régime français, et inversement. Ce choix ne se modifie donc pas simplement parce que la prime augmente, que le salaire change ou qu’un autre système paraît finalement plus avantageux.
Un nouveau droit d’option peut toutefois s’ouvrir dans certaines situations prévues par les règles franco-suisses, notamment lors d’un premier emploi en Suisse, d’une reprise d’activité en Suisse après une période de chômage, d’un changement de statut (par exemple passage du statut de travailleur à celui de pensionné) ou d’un changement de pays de résidence.
Il faut donc être précis : un simple changement d’employeur en Suisse, sans véritable interruption de situation ouvrant un nouveau droit, ne permet pas nécessairement de choisir à nouveau. En revanche, lorsqu’une personne perd son emploi en Suisse, relève du chômage en France, puis reprend ensuite une activité en Suisse, un nouveau droit d’option peut s’ouvrir. Il est donc essentiel de vérifier sa situation auprès de la CPAM et de l’autorité cantonale compétente avant toute démarche.
C’est pour cette raison que le choix initial mérite d’être réfléchi sérieusement : dans beaucoup de situations, il engage le frontalier pour toute la durée de sa situation professionnelle actuelle.
Combien coûte la LAMal pour un frontalier domicilié en France en 2026 ?
Contrairement à la cotisation française, la prime LAMal du frontalier ne dépend pas directement du salaire. Elle dépend notamment de l’assureur et de la catégorie d’âge.
Selon les primes officielles publiées par l’Office fédéral de la santé publique pour 2026, un adulte domicilié en France peut par exemple être assuré chez Helsana pour 200 CHF par mois sans couverture accident. D’autres assureurs proposent également la LAMal pour les frontaliers, avec des primes différentes.
La couverture obligatoire de base est définie par la loi. Un assureur moins cher ne signifie donc pas que les prestations légales de base sont moins bonnes.
Franchise et quote-part en Suisse
Pour les adultes, la franchise ordinaire de l’assurance de base est de 300 CHF par année civile. Les frontaliers domiciliés à l’étranger ne peuvent pas choisir une franchise à option plus élevée pour réduire leur prime.
Une fois la franchise atteinte, l’assuré participe encore aux frais avec une quote-part de 10 %, jusqu’à un maximum ordinaire de 700 CHF par année pour un adulte.
Dans le cas général, cela représente donc au maximum 1 000 CHF de participation ordinaire annuelle : 300 CHF de franchise plus 700 CHF de quote-part, hors situations particulières prévues par la loi.
Et le régime français pour les frontaliers ?
Pour un frontalier ayant choisi l’affiliation au régime français, la cotisation est recouvrée par l’Urssaf.
En 2026, le taux de cotisation d’assurance-maladie est de 8 %. Mais il est inexact de dire qu’il s’agit simplement de 8 % du salaire suisse.
Pour calculer la cotisation 2026, l’Urssaf se base sur les revenus déclarés de 2024, après déduction d’un abattement correspondant à 25 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. La situation financière globale du foyer peut donc avoir un impact différent de celui d’une prime LAMal fixe.
Pourquoi la LAMal peut-elle être intéressante pour certains frontaliers ?
Le principal avantage pratique est la possibilité d’accéder directement au système de soins suisse tout en conservant un accès aux soins dans le pays de résidence.
1. Se faire soigner en Suisse
Une personne assurée à la LAMal et domiciliée en France peut recevoir des soins en Suisse conformément aux règles suisses. Cela peut être particulièrement utile pour une personne qui travaille quotidiennement à Bâle ou ailleurs en Suisse et souhaite consulter un médecin, un spécialiste ou un physiothérapeute à proximité de son lieu de travail.
Pour certaines prises en charge, cela peut également faciliter la continuité des soins entre le médecin prescripteur, l’hôpital, le spécialiste et le physiothérapeute lorsque tous exercent en Suisse.
2. Continuer à se faire soigner en France
Choisir la LAMal ne signifie pas perdre son accès au système français.
L’assureur suisse remet au frontalier un formulaire S1, anciennement appelé E106. Une fois enregistré auprès de la CPAM, ce document permet au frontalier de bénéficier des prestations en France comme une personne assurée dans son pays de résidence, les coûts étant ensuite supportés selon les mécanismes de coordination européens par l’assurance compétente.
Le frontalier LAMal peut donc, par exemple, conserver un médecin traitant en France tout en consultant certains professionnels de santé en Suisse.
Une complémentaire santé en France reste souvent utile
Que le frontalier ait choisi la LAMal ou le régime français, les soins effectués en France peuvent laisser une partie des frais à sa charge selon les règles françaises. Il est donc souvent utile de disposer d’une complémentaire santé française (« mutuelle ») adaptée à sa situation.
Cette complémentaire n’est pas une obligation légale générale, mais elle peut prendre en charge tout ou partie du reste à charge après l’intervention de l’Assurance Maladie, selon le contrat choisi. C’est notamment pertinent pour certains soins dentaires, l’optique, les aides auditives, les dépassements d’honoraires ou d’autres prestations insuffisamment remboursées par le régime de base.
Pour un frontalier assuré à la LAMal et enregistré auprès de la CPAM grâce au formulaire S1, la Carte Vitale peut continuer à être utilisée pour les soins en France. Une complémentaire santé française peut alors compléter les remboursements dans les mêmes conditions prévues par son contrat.
3. Une prime qui n’augmente pas avec le salaire
Pour un adulte frontalier, la prime LAMal est fixée selon le tarif applicable au pays de résidence et à l’assureur. Elle n’est pas calculée comme un pourcentage du revenu.
À revenus élevés, cette différence de mode de calcul peut rendre la LAMal financièrement intéressante. À l’inverse, pour d’autres situations familiales ou de revenus, le régime français peut être plus adapté. Il n’existe donc pas une réponse universelle valable pour tous les frontaliers.
4. Accès pratique aux soins suisses pendant la journée de travail
Pour une personne travaillant à Bâle et habitant en Alsace, il peut être pratique de consulter en Suisse sans devoir attendre son retour en France. Cela concerne aussi bien les consultations planifiées que certaines situations nécessitant une évaluation médicale rapide.
Pour une urgence, le lieu de prise en charge doit évidemment être choisi en fonction de la gravité et de la proximité, et non uniquement du système d’assurance.
Et en cas d’accident ?
L’assurance-accidents doit être distinguée de l’assurance-maladie.
Un salarié travaillant en Suisse est obligatoirement assuré contre les accidents professionnels. S’il travaille au moins huit heures par semaine auprès du même employeur, il est également couvert contre les accidents non professionnels, par exemple une chute à vélo, un accident domestique ou une blessure lors d’une activité sportive.
Dans ce cas, l’accident est normalement déclaré à l’assurance-accidents de l’employeur selon la LAA, et non facturé à la LAMal.
Ce point est important pour les frontaliers qui ont choisi le régime français : le choix entre LAMal et régime français concerne l’assurance-maladie, mais il ne remplace pas l’assurance-accidents obligatoire suisse du salarié. Lorsqu’un accident est couvert par la LAA, le frontalier peut donc être pris en charge et se faire soigner en Suisse dans le cadre de cette assurance-accidents, même s’il a choisi le régime français pour sa couverture maladie.
Lorsque l’assurance-accidents obligatoire prend en charge le cas, les frais de traitement nécessaires ne sont pas soumis à la franchise et à la quote-part ordinaires de la LAMal.
Il faut donc bien séparer les deux logiques : maladie = régime choisi dans le cadre du droit d’option ; accident couvert = assurance-accidents suisse de l’employeur.
Pour comprendre plus précisément la différence entre Unfall et Krankheit, ainsi que le fonctionnement d’une ordonnance de physiothérapie, vous pouvez consulter notre article Ordonnance de physiothérapie en Suisse : accident ou maladie ?.
LAMal et physiothérapie à Bâle pour un frontalier
Un frontalier affilié à la LAMal peut suivre une physiothérapie en Suisse lorsqu’elle répond aux conditions de prise en charge prévues par l’assurance obligatoire.
Dans le cadre de la LAMal, la physiothérapie est généralement prescrite par un médecin par séries de neuf séances. Après un accident couvert par la LAA, la facturation est adressée à l’assurance-accidents compétente.
Pour un patient travaillant à Bâle, pouvoir effectuer ses séances à proximité du lieu de travail peut simplifier considérablement l’organisation d’une rééducation, en particulier lorsque plusieurs rendez-vous sont nécessaires pendant plusieurs semaines.
Vous pouvez consulter les services de physiothérapie à Bâle ou prendre rendez-vous en ligne.
LAMal ou régime français : lequel choisir ?
Le choix dépend notamment :
- du niveau et de la composition des revenus ;
- de la situation familiale ;
- du lieu où l’on souhaite principalement recevoir ses soins ;
- de l’organisation quotidienne entre domicile en France et travail en Suisse ;
- des changements professionnels ou familiaux susceptibles d’avoir un impact sur l’assurance.
La LAMal peut être particulièrement attractive pour certains travailleurs frontaliers souhaitant accéder facilement aux soins suisses et dont la prime fixe est avantageuse par rapport à une cotisation française liée aux revenus. Le régime français peut rester préférable dans d’autres situations.
Avant d’exercer le droit d’option, il est donc conseillé de comparer les coûts à partir de sa situation personnelle et, en cas de doute, de demander une information à l’autorité cantonale compétente, à la CPAM ou à l’Urssaf.
Une ressource locale utile : le CDTF à Saint-Louis
Pour les personnes qui vivent dans le Haut-Rhin et travaillent en Suisse, le Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers du Haut-Rhin (CDTF) constitue une ressource locale particulièrement utile. Cette association indépendante accompagne les frontaliers sur de nombreuses questions pratiques : assurance-maladie, droit d’option, fiscalité, chômage, retraite, deuxième pilier ou démarches administratives.
Le CDTF tient des permanences à Saint-Louis et propose des informations et un accompagnement à ses adhérents. L’adhésion peut être particulièrement intéressante lorsqu’on débute comme frontalier ou lorsqu’une situation devient plus complexe, car une erreur sur le droit d’option ou l’assurance-maladie peut avoir des conséquences financières importantes.
Plus d’informations : Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers du Haut-Rhin – CDTF.
Sources officielles – état 2026
- Office fédéral de la santé publique – travailleurs frontaliers en Suisse
- OFSP – primes UE/AELE/UK 2026 pour les personnes domiciliées en France
- OFSP – participation aux coûts et soins des assurés domiciliés à l’étranger
- OFSP – soins dans le pays de résidence et formulaire S1
- Urssaf – calcul de la cotisation maladie du travailleur frontalier en 2026
- Assurance Maladie – droits et prise en charge du travailleur frontalier suisse
- CDTF – assurance maladie des travailleurs frontaliers
Cet article fournit des informations générales et ne constitue ni un conseil juridique ni un conseil personnalisé en assurance. Les règles peuvent varier selon la situation individuelle et évoluer.


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